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Veja, Allbirds, Vivo : trois visions de la sneaker responsable

Trois paires de sneakers éco-responsables posées sur une surface en bois

Je vais être honnête avec vous : j'ai un faible pour les marques qui affichent leurs défauts. Pas celles qui publient des rapports RSE de quarante pages en papier glacé. Plutôt celles qui disent « on n'est pas parfaits, voilà ce qu'on essaie de faire ». Et dans le monde de la sneaker, trois noms reviennent sans cesse quand on aborde ce terrain-là : Veja, Allbirds, Vivobarefoot.

Trois approches radicalement différentes. Trois philosophies. Trois manières de répondre à une question que beaucoup de gens se posent sans oser la formuler clairement : est-ce qu'on peut porter des baskets sans participer au désastre ?

Veja, ou la transparence poussée jusqu'au malaise

Commençons par la marque française, puisque c'est celle que je connais le mieux. Veja a été fondée en 2005 par deux types qui revenaient d'un tour du monde et qui ne voulaient plus entendre parler de « greenwashing ». Leur truc, c'était simple sur le papier : montrer les coûts, expliquer la chaîne, ne rien cacher. Même ce qui fait mal.

Et ça fait mal, parfois. Quand Veja explique sur sa page dédiée au savoir-faire que leurs sneakers coûtent cinq à sept fois plus cher à produire qu'une paire classique, on comprend vite que le modèle économique repose sur autre chose que la marge. Pas de publicité, pas de budget marketing délirant. Le bouche-à-oreille et rien d'autre pendant des années.

Ce qui m'a marqué chez eux, c'est le caoutchouc sauvage d'Amazonie. Des seringueiros qui récoltent le latex à la main, dans la forêt, selon des méthodes ancestrales. C'est beau à raconter, mais surtout, ça finance la préservation de la forêt. Si le caoutchouc rapporte plus que le soja ou l'élevage, les arbres restent debout. Logique implacable, et pourtant si rare.

Mais Veja a aussi ses angles morts. La production se fait au Brésil, ce qui suppose du transport. Et les modèles en cuir, même tannés selon des normes plus strictes, restent du cuir. On ne peut pas tout résoudre d'un coup.

Allbirds : la laine, le carbone, et la Silicon Valley

Changement de décor total. Allbirds est née en Nouvelle-Zélande mais a grandi à San Francisco. Le fondateur, Tim Brown, était footballeur international (un ancien All Black, rien que ça) et il trouvait que toutes ses chaussures étaient trop compliquées. Trop de plastique, trop de couches, trop de tout.

La réponse d'Allbirds : la laine mérinos. Une matière première renouvelable, thermorégulatrice, naturellement antibactérienne. Et au pied, c'est vrai que ça change. C'est léger. Presque bizarrement léger, la première fois qu'on en enfile une paire.

Là où Allbirds se distingue vraiment, c'est sur la question du carbone. Ils ont été parmi les premiers à afficher l'empreinte carbone de chaque modèle, directement sur l'étiquette. Comme une étiquette nutritionnelle, mais pour la planète. Un Wool Runner, leur best-seller, c'est environ 7,6 kg de CO₂. C'est pas zéro — et ils le disent —, mais c'est un tiers de ce que produit une sneaker classique.

Le problème avec Allbirds (et ils l'admettent volontiers), c'est la durabilité physique. Les semelles en SweetFoam, fabriquées à partir de canne à sucre brésilienne, s'usent plus vite qu'une semelle en caoutchouc synthétique. Deux ans d'utilisation quotidienne et il faut souvent passer à une nouvelle paire. Ce qui pose une question embêtante : une chaussure « verte » qu'on remplace deux fois plus vite, est-ce vraiment un progrès ?

Vivobarefoot : et si le problème, c'était la semelle elle-même ?

Vivobarefoot prend le sujet par un angle complètement différent, et c'est ce qui rend la comparaison intéressante. Leur postulat : depuis quarante ans, l'industrie de la sneaker épaissit les semelles, ajoute de l'amorti, rajoute du support. Et si tout ça rendait nos pieds plus faibles au lieu de les protéger ?

La marque britannique (fondée en 2012 par un descendant de la famille Clark, oui, les chaussures Clark) propose des modèles à semelle ultra-fine. Trois millimètres. Pas de drop, pas de voûte artificielle. Le pied travaille comme il est censé le faire. C'est déstabilisant au début — littéralement — et il faut un temps d'adaptation d'au moins trois semaines.

Sur le plan écologique, Vivobarefoot pousse une logique assez radicale. Ils ont lancé un programme de réparation (un cordonnier partenaire qui recolle, recoud, remplace les semelles) et un circuit de revente de paires d'occasion. L'idée, c'est qu'une chaussure barefoot bien conçue dure plus longtemps parce qu'elle a moins de composants qui peuvent lâcher. Moins de colle, moins de mousse, moins de pièces rapportées.

Le revers : l'esthétique. Soyons francs, un modèle Vivobarefoot ne ressemble pas à une sneaker classique. C'est large du bout, plat, et ça divise. Dans un contexte mode, c'est un choix assumé. Disons que personne ne vous arrêtera dans la rue pour vous demander où vous les avez trouvées (quoique, ça m'est arrivé une fois à Lyon, mais bon, c'était un podologue).

Trois philosophies, un même constat

Ce qui ressort quand on met ces trois marques côte à côte, ce n'est pas qu'il y en a une meilleure que les autres. C'est qu'elles posent des questions différentes.

Veja demande : peut-on produire de façon équitable dans un système mondialisé ? Allbirds demande : peut-on mesurer son impact et le réduire méthodiquement ? Vivobarefoot demande : et si on fabriquait moins, mais mieux, et pour plus longtemps ?

Aucune n'a la réponse complète. Mais chacune apporte un morceau du puzzle. Et le fait qu'elles existent toutes les trois, qu'elles trouvent leur public, qu'elles se développent sans budget pub pharaonique, ça dit quelque chose de l'époque.

Les gens ne veulent plus juste des sneakers confortables. Ils veulent comprendre d'où elles viennent. Et ça, c'est probablement le changement le plus profond que l'industrie ait connu depuis l'invention de l'Air Max.

Alors, laquelle choisir ?

Si vous cherchez un modèle polyvalent, urbain, qui passe du bureau au week-end, Veja reste un choix solide. Leur V-10 et leur Campo sont devenus des classiques. D'ailleurs, si vous hésitez entre les deux, j'ai écrit un comparatif détaillé pour vous aider à trancher.

Si le confort est votre priorité absolue et que vous aimez l'approche « tech for good », regardez du côté d'Allbirds. Leur Tree Runner en fibre d'eucalyptus est redoutable en été.

Et si vous êtes curieux, un peu aventurier, prêt à remettre en question quarante ans de marketing autour de l'amorti, tentez le barefoot avec Vivobarefoot. Mais allez-y progressivement — vos mollets vous remercieront la troisième semaine.

Quelle que soit votre choix, le plus important reste de prendre soin de ce que vous portez. Des sneakers blanches bien entretenues durent deux fois plus longtemps. Si ça vous intéresse, j'ai compilé cinq gestes simples pour les garder impeccables sans produit chimique.